Des entraîneurs locaux mécontents de la liste de Roger Lemerre
Plusieurs techniciens marocains sont montés au créneau. Ils ont déploré le manque de joueurs locaux dans la liste des 23 Marocains appelés à affronter la République Tchèque, ce mercredi.
Dans les colonnes d'Aujourd'hui le Maroc, Hamadi Hmidouch et Abderrahim Talib (Moghreb Tetouan) ont fustigé la liste établie par le sélectionneur des Lions. En effet, celle-ci se compose à 95 % de joueurs évoluant à l'étranger. Le seul local retenu a été Karim Fegrouch, le gardien du WAC.
Pour Hamadi Hmidouch, Roger Lemerre a commis une erreur : « dans sa sélection, Roger Lemerre devait donner sa chance au joueur local pour lui donner confiance et pour qu'il puisse s'adapter au niveau supérieur. C'est de cette façon qu'on forme des joueurs performants. »
Abderrahim Talib est lui aussi insatisfait. Il voyait davantage ce match amical comme un moyen de valoriser un minimum les joueurs issus du GNF1. « Il fallait encourager les sociétaires des clubs nationaux car ils ont tout de même des compétences qui méritent l'attention », affirme-t-il, dépité.
En toile de fond, la formation du footballeur au Maroc...
L'une des questions les plus sensibles au Maroc est celle de la formation des jeunes footballeurs. Et elle n'a, malheureusement, pas encore été réglée : pas assez de moyens financiers, matériels, voire humains pour détecter et former les talents les plus prometteurs du Royaume. Un constat confirmé à demi-mot par Mohamed Naciri, le directeur administratif du GNF : « Certes, le rendement du football au Maroc a baissé comme, d'ailleurs, plusieurs autres secteurs (...) Si les locaux avaient réussi lors du championnat d'Afrique 2009, on pouvait avoir quelques éléments dans la sélection nationale. Mais le problème qui se pose aujourd'hui est le manque de talents au Maroc. » Avant d'ajouter : « il faut que l'État forme les footballeurs dès leur jeune âge. Il faut aussi bien structurer les clubs. En 1976, on avait des personnes douées comme Faras, Aassila ou encore Hazaz issus tous du championnat local et qui se sont mesurés aux grandes équipes internationales. C'était un passé glorieux. »
...et les résultats de la sélection
Qu'on ne s'y trompe pas. Malgré des statistiques pourtant flatteuses en 2008 (14 matches disputés, 10 victoires, 1 nul, 3 défaites), l'équipe nationale marocaine a sombré sans gloire à la CAN durant cette même année (défaites 3-2 et 2-0 face respectivement à la Guinée et au Ghana). Dès lors, ce début de polémique amorcé par les entraîneurs locaux doit être compris comme une manière de remettre en cause la proportion entre les joueurs locaux et ceux évoluant à l'étranger dans la sélection.
Pourtant, force est de constater que les joueurs marocains les plus performants jouent actuellement à l'étranger. Les raisons sont multiples :
D'une part, parce que les joueurs marocains, depuis l'ouverture progressive des frontières, ont pu monnayer plus facilement leur talent à l'étranger.
De l'autre, de plus en plus joueurs évoluant dans la sélection sont des enfants d'immigrés. Par conséquent, ils naissent sous d'autres cieux : en France, en Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, etc. Ils ont donc un pied à terre ailleurs qu'au Maroc.
Pour finir, comme le conclut justement Mohamed Naciri : « Roger Lemerre a un objectif qu'il doit atteindre en omettant l'aspect affectif. C'est le joueur prêt qui devra jouer en sélection. »
Au-delà des conflits qui puissent exister, pourvu donc que les meilleurs joueurs marocains soient régulièrement alignés en sélection. C'est bien là l'essentiel !